La route en zig-zag de Mimi qui tisse un lien entre les enfants autour du monde. Partage et respect de notre belle planète.
15 Septembre 2026
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15/09
Les paysages de la Camargue, toute plate, défilent doucement par la fenêtre de l'Intercité qui m’emmène vers Saint Jean Pied de Port. Après une chouette soirée chez ma copine Yvette de Marseille (qui a dessiné sur ma Credenciale le premier tampon de mon nouveau chemin), me voici embarquée pour 11h de train. Traverser la France d'est en ouest n’est pas des plus rapides.
Il fait beau et jour, bonheur.
Les questions se bousculent dans ma tête : est-ce que mon sac n’est pas trop lourd? Est que j’ai tout? Et j’ai pas de duvet, celui que j’ai commandé n’est pas arrivé à temps...blabli blabla bla...
Des images et des souvenirs se télescopent aussi en un joyeux meli mélo.
L’émotion lors de mon passage du col de Roncevaux l’an dernier, est intacte.
Franchir les Pyrénées et découvrir l’Espagne, qui, à perte de vue déroule un long ruban qu’un jour peut être je foulerai de mes propres pieds en direction de Saint Jacques de Compostelle...
Les frissons me chatouillent partout.
J’y suis!
Impressionnée et heureuse, voire euphorique par ce nouveau grand voyage.
Ça y est, j’y suis.. Enfin presque!
Une belle journée de train. Saint Jean Pied de Port. Je retrouve la beauté du Pays Basque, les montagnes, ses nuances de vert intense, ses vaches, ses moutons, ses chevaux, ses maisons aux volets rouge grenat...et son incroyable flux de pèlerins, tous sacs au dos et bâtons à la main. Comme moi. D'un original mon aventure 😃. Mais j'adore !
De Saint Jean Pied de Port à Roncevaux
Ça y est, vite remise dans le rythme jacquaire avec cette première nuit en gîte à SaintJean Pied de Port. Repas délicieux, pèlerins slovèno italo costarico franco belgo canadio espagnol, nuit en dortoir à dix. À l'aube , je file sous la pluie fine, direction Roncevaux l'Espagne. Objectif rejoindre mon début de chemin en stop (où je l'avais arrêté l'an dernier.). La chance me sourit en grand à défaut du soleil ! Une première voiture me dépose à la frontière, huit kilomètres plus loin. Puis c'est un camping car qui s'arrête peu après. Conduit par Miguel de Madrid qui lui aussi commence son chemin de Compostelle... en camping car. Il l'avait déjà fait entièrement à pied après le décès de sa femme, il y a une vingtaine d'année (il l'avait fait pour elle car c'était son rêve) puis, en 2010 grièvement blessé au dos lors d'un énième attentat à Saragosse (il travaillait dans la Guardia Civile), il se jura de refaire le chemin s'il s'en sortait. Il ne peut plus beaucoup marcher aujourd'hui alors c'est le camping car qu'il choisit pour son Camino Francés. Et moi je suis là sur son chemin. Une super rencontre qui d'entrée de jeu m'a permis de repratiquer mon espagnol pendant une petite heure. Opposé complètement à la tauromachie qui sévit dans toute l'Espagne. Un monsieur d'une gentillesse incroyable, une sacrée leçon de vie. Parfait, il est 9h, je suis à Roncevaux. Mon Camino peut commencer!
Jour 1
Roncevaux/ Zubiri (Esteribar) 22 km
Premier jour de marche, j'y vais tranquillou à l'écoute de mon corps et ses manifestations avec mon sac de 9 kg et ma mochila multicolore que j'adore mais qui me gêne un peu. Bon ça va.
C'est beau, essentiellement dans la forêt et ses grands arbres qui nous présentent les prémices de leurs costumes d'automne. J'ai vu deux écureuils, plein d'oiseaux dont deux grands rapaces, des moutons, des chevaux et des vaches. Un peu de montée mais beaucoup de descente, ça y est on quitte peu à peu les Pyrénées.
Beaucoup de pèlerins sur le chemin qui devient complètement international à partir d'ici. J'ai discuté avec de nombreuses personnes sur la route, des taiwanaises qui m'ont offert un porte clé de Taïwan made in Taïwan (moi qui fais la chasse au poids!), un sud soudanais qui fait ses études de psycho en Italie et parcourt le chemin en courant, deux mexicaines de Tijuana qui traversent la frontière US tous les jours pour bosser en Basse Californie, un très jeune italien champion de boxe qui fait deux étapes par jour, soit 50 km, et ce soir dans ma chambre mes voisines, toutes de mon âge, sont écossaise, allemande et espagnole...
Mille voyages dans le voyage...je n'ai pas parlé une seule fois français aujourd'hui. Switché sans arrêt de l'anglais à l'espagnol. Mon cerveau est presqu'aussi fatigué que mes jambes !
Arrivée à Zubiri pour une belle séance d'étirements au bord de la rivière et un bain de jambes.
Puis repas fait par moi et repos. Demain sera un autre jour...de marche!
Jour 2:
de Zubiri à Pampelune. 22km; ressentis: 59!!!
Oui ce matin ça pique un peu. La nuit a été agitée et j’ai très peu dormi. Et j’ai mal partout. Mais pas grave, on y va. 7h30 comme TOUS les autres . (Hier, j’avais deux heures de retard par rapport aux autres pèlerins, et c’était respirable) mais là sur le sentier, à la queue leu leu, j’ai l’impression de faire partie des Mille Pattes (le club de rando où allaient mes parents). Alors je rentre dans mon monde, je mets mes écouteurs et branche mon téléphone sur France Musique et savoure un concert de Rachmaninov en parfaite harmonie avec la jolie rivière que je longe depuis un moment. Et comme par magie la foule peu à peu disparaît ou se raréfie plutôt.
Un Podcast hommage à Catherine Ringer très émouvant et me voilà dans le centre historique de Pampelune. Installée dans l’Albergue Jésus Maria, une ancienne église. Dortoir géant deux fois 60 lits mais je m’y sens bien.
Drôle d'être dans une ville avec mon sac à dos, mes chaussures pleines de boue et mes bâtons.
Pampelune c’est la capitale de la Navarre. Elle est pleine de charme. Alors j’y tournicote! La cathédrale, ses ruelles, une dégustation de pinxos, tapas de Navarre, des parcs et des jardins à foisons dont un, le Jardin de Taconera où paraît-il, il y a des animaux en liberté. Alors je cherche....
Jour 3:
de Pampelune à Puente la Reina 25 km
Un régal aujourd’hui, les kilomètres sont avalés tranquillement. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas!
Départ à 6h25 😅(de mieux en mieux) mais le réveil est naturel et je suis prête. Alors pourquoi attendre ?
Me voilà sur la traversée de la périphérie de Pampelune de nuit et quand le jour se lève, c'est la campagne et les champs dorés. Couleurs et lumières magiques dans le cache cache du soleil avec les nuages. Des paysages agricoles qui, petit à petit s'arrondissent en petites collines plus boisées. On traverse des jolis villages médiévaux, maisons de pierres et tuiles roses. Jusqu’à Puenta la Reina, où je dors cette nuit (pour 9€) dans l’Albergue de Los Padres Reparadores, après celle d’hier à Pampelune, “Jesus y Maria". Tout un programme.
Sur le chemin j’observe les pèlerins qui me doublent ou que je double. On se salue en anglais, en espagnol, en italien ou plus simple comme on ne sait pas trop, on se dit “Buen Camino”. Je me dis que chacun promène dans son sac mille histoires ou plutôt son histoire depuis son coin du monde. Et peut être la réponse ou sinon la question: qu’est il venu chercher ici? Tiens et si je me la posais à moi aussi?
Jour 4:
de Puente la Reina à Ayegui: 25 km
Etape très sympa entre vignes, pins et oliviers sous une jolie lumière.
On pourrait presque se sentir à la maison dans le Luberon!
Des belles surprises aujourd’hui, la plus marquante sera certainement ma rencontre avec Jésus sur le chemin, oui oui c’est vrai ! Il me double, je repére un petit sac aux couleurs du drapeau colombien, lui remarque ma mochila, ce sac tissé multicolore que j’adore, typique de la Colombie. Eh oui et il s’appelle Jésus et il est de Medellin !! Alors on finit les derniers kilomètres ensemble et on boit un coup à l’arrivée. Il me montre son drapeau colombien qu’il a dans son sac (mais quelle drôle d'idée!) et on fait la photo.
Arrivée dans le gîte municipal, ultra moderne qui fait en même temps fonction de pôle omnisports avec gymnase intégré !
Et on a de la chance ce soir c’est championnat de football ! Je pense que je vais dormir avant la mi temps
Jour 5:
d'Ayegui à Sansol, 28 km.
Le mot du jour sera “solitude”. Douce solitude.
D’abord parce que le matin, j’ opte pour une variante peu courue par les pèlerins. Un vrai bonheur que de marcher seule au lever du jour dans la fraîcheur et dans la forêt. Deux heures pour arriver dans le village de Luquin, pause idéale pour mon petit déjeuner.
Ensuite, lorsque je rejoins la voie “normale” et sa fréquentation pèlerinesque impressionnante, le soleil commence à chauffer et le sentier se transforme en un long ruban de terre serpentant entre les champs de blé légèrement vallonés à perte de vue. Jolie carte postale sur le papier mais terrible pour les pattes et de surcroît sans la moindre parcelle d’ombre. Alors je rentre en moi profond pour puiser force et courage pour ces quatre heures interminables de marche dans le désert . Comme pour tous les autres pèlerins, peu de bavardages sur le Camino. Un avant goût de la Meseta à venir, pendant 200 km entre Burgos et Léon! Juste un vol majestueux de vautours passant au dessus de moi me détourne de cette drôle de marche chaudement méditative.
L’arrivée à Sansol, joli petit village de 85 habitants est une grande joie, un soulagement immense. Mon Albergue s’appelle Karma. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Jour 6:
de Sansol à Logroño
21 km.
Partir de nuit d’un village tout petit et calme pour arriver dans une grande ville en folie par 33 degrès, voici l’étape du jour.
Je quitte la Navarre que je traverse depuis Roncevaux et me voici maintenant dans la Rioja, région célèbre pour son bon vin rouge et Logroño, ma ville d'arrivée en est la capitale. Depuis une semaine on y fête la Saint Mateo, le patron de la ville et le vin rouge coule à flot.
Ce soir, ça tire dans les mollets, sous les pieds, dans les cuisses... et dans la tête?
Non ça va.
Massages et étirements sont mes deux principales activités du moment.
Juste le corps parle un peu, il va falloir l’écouter. Demain l’étape classique est de 31 km. J’en ferai soit 20, soit 13, soit 0 selon... mais d’abord dormir !
Jour 7:
de Logroño à Ventosa 21 km.
Au crépuscule de mon 7 ème jour de marche je me repose dans une petite Albergue. Charmant village dans les vignes de la Rioja. C’est doux le calme. Je pense, je ressens. Je sens qu’il faut que je prenne soin de moi. De mes pieds qui souffrent. Le long de la voûte plantaire. Mes limites ? Peut être mon sac est trop lourd? Ou mes semelles s’affaissent? Je sens mon énergie et mes articulations au top, j’ai envie de continuer à galoper sur le chemin mais il y a un frein...J’observe. Peut-être que 160 kilomètres en 7 jours, ça a été un peu violent.
Ce matin j’ai trouvé une balle de tennis dans un bazar. Massages des pieds à la balle, massage des pieds avec les mains à la crème d’arnica.
C'est bon de se faire du bien.
Je m’offre une paella pour fêter ça. Et demain on verra !
JOUR 8:
de Ventosa à Afroza. 17 kilomètres
Aujourd'hui, le mot du jour sera Joie. Je la sens tout autour. Dans le vert des vignes, le rouge ocre de la terre, la brillance du soleil. Dans mon sourire intérieur.
J'ai les jambes qui font trempette dans l'eau fraîche du bassin de l’Albergue qui m'accueille ce jour. Il est à peine midi et j'ai toute une après-midi cadeau rien que pour moi.
Mes pieds aussi me sourient, je crois même qu'ils me remercient. L'eau froide leur plaît bien je crois. Je n'ai marché que 17 kilomètres pour rallier Azofra, un petite village de briques rouges à l'air vraiment sympathique.
J'ai décidé de décaler mes étapes par rapport aux découpage "classique " du chemin. Quel bonheur! Beaucoup moins de monde et quand on se double, on se parle vraiment. Que de jolies rencontres!
J'ai quitté le TGV pour le petit train de campagne. Et je crois que d'être en décalage, ça me plaît beaucoup
JOUR 9. AZOFRA/ GRAN̈ON 23 km
La majorité des personnes sur le Camino marchent seules, en particulier celles qui ont l'intention d'aller jusqu'à Santiago. Beaucoup sont des femmes. De toutes contrées. D'où des moments de partages délicieux comme hier soir au bord de la piscine pour pieds, où nous avons partagé un verre de vin de la Rioja. Oui à mon avis, le Camino se vit seul. Seul avec soi même et avec l'autre.
Je pars de plus en plus tôt, 6h10 ce matin. L'idée est d'arriver avant midi à destination. Marcher la nuit à la fraîche sous les étoiles est un régal, puis assister au lever du soleil un immense plaisir. Continuer jusque vers les 11h est supportable mais quand s'approche midi, ça devient un enfer. La fournaise.
Le Camino est en ce moment, et pour encore longtemps une longue bande de terre à travers des champs, un désert sans arbre, sans ombre. Ma résolution, tant que la météo ne change pas avec ses 33 degrés l'après-midi, je partirai encore plus tôt. Vers 5h45 dernier au plus tard. Une question : pourquoi tout cela? C'est pas un peu du masochisme ? À méditer...
En attendant je vais faire une petite sieste...
JOUR 10: De Grañon à Espinoza
25 km +4 erreur de chemin
Aujourd'hui je me fais un cadeau, je m’offre le transport de mon sac à dos en petit camion. Je pars en touriste avec mon tout petit sac d'un kilo et demi pour la journée. J'ai l'impression de voler, que c'est facile, qu'est ce que je me sens légère! Je trace sous les étoiles exactement. Et j'admire la lune presque pleine se coucher devant moi. Et j'avance, il fait frais, c'est divin! Au bout d'un petit moment j'arrive dans un village et ses trois lampadaires. Je vérifie ma route. Increible ! J'ai quitté le chemin depuis...au moins deux kilomètres !!!
Demi tour, ma journée prévue déjà plutôt longue, 25 kilomètres, se verra prolongée de 4!!!! Heureusement que je n'ai pas mon gros sac à dos. Mais une question : si je l'avais eu, aurais je tracé ainsi ? La Rioja c'est terminé. Place à l'immense Castille et Léon. Des champs de blé à perte de vue. Un air de Beauce en un peu plus vallonnée. Pas moins de 7 villages traversés. Ça met un peu de piquant dans ce désert. L'arrivée à l’Albergue est, une fois de plus, une bénédiction. Je dirais presque le meilleur moment de la journée...
JOUR 11: d'Espinosa à Atapuerca : 22 km
Quel délice aujourd'hui de retrouver la forêt, un peu de dénivelé, la fraîcheur et même le froid! Une matinée à franchir les Montes de Oca parmi les pins et les chênes dans le brouillard. Un passage dans la forêt très redouté pendant longtemps par les pèlerins, confrontés aux attaques des brigands et des animaux sauvages.
Pour moi, la balade se poursuit sous un soleil agréable, des retrouvailles avec des pèlerins canadiens et suisses et la traversée de deux jolis villages. Et enfin l'arrivée à midi dans la meilleur Albergue depuis le début. Trop mignonne, des attentions partout, avec un lit cabane en dortoir... le rêve.
Une chose me traverse l'esprit : vingt deux kilomètres, c'est devenu la normale, le minimum syndical. Ça me paraissait beaucoup il y a peu encore...
Mais ma découverte la plus importante du jour c'est: je sais pourquoi j'ai mal aux pieds.Mes chères chaussures de rando achetées il y a deux ans seulement ont les semelles lisses! Je les voyais toujours neuves mais elles ont du parcourir au moins 1500 km!!! C'est pourquoi je sens les cailloux, et marcher sur ces pistes et routes me gênent de plus en plus. Heureusement demain je devrais arriver à Burgos et j'espère trouver mon bonheur !
JOUR 12 De Atapuerca à Burgos 21,5 kilomètres
Etape géniale, démarrage dans un mix de pleine lune, de lever de soleil et de tournesols. Sourires. Arrivée dans le centre de Burgos par une jolie promenade longeant la rivière pleine de citadins faisant leur footing ou leur balade du dimanche. La ville a l'air très belle. Une cathédrale impressionnante. La queue devait l’Albergue municipal aussi! Maintenant, repos puis manger et ensuite flâner....
JOUR 13: DE Burgos à Rabat de las Calzadas. 13 kilomètres
Aujourd'hui c'est une petite journée de marche car je consacre la matinée à acheter une nouvellle paire de chaussures. Et je les trouve, et je suis contente! Mais le test sur ma petite étape du jour n'est pas très concluant. Au bout de 5 kilomètres, j'ai les pieds qui chauffent. Alors je fais une pause, je change de chaussettes, parfois de chaussures. Les anciennes vont pas trop mal encore. Il faut peut-être le temps de les faire. En revanche, quand je vois que l'avant de la semelle est déjà décollé, j'avoue que je ne suis plus vraiment contente du tout !
Bref, à suivre !😉😃
JOUR 14 De Rabé de las Calzadas à Hornillos del Camino. 8km.
En réalité, beaucoup plus, environ 17. J'ai ramené mes jolies chaussures toutes neuves et pleines de couleurs au magasin. Un peu de marche, un bus pour Burgos. Me voici à contre courant sur le Camino, pas très fun le moment, j'avoue. Finalement j'opte pour des Merrell plus souples dans lesquelles je me sens bien mieux que dans les chaussures de trail running. Elles sont moins rigolotes mais plus efficaces. Et le vendeur m’offre des chaussettes à doigts anti ampoules pour me dédommager. Je suis contente. Je profite de la ville pour expédier un petit colis et alléger mon sac d'un kilo.🤗
J'ai le temps de revenir dans le village où je m'étais arrêtée et de marcher jusqu'au suivant, Hornillas del Camino.
Mais surtout, surtout, d'entrer en grandes pompes (c'est le cas de le dire), dans la fameuse Meseta, cet immense haut plateau très aride occupant une grande partie du centre de l'Espagne et que je vais traverser sur environ 200 kilomètres jusqu'à la ville de León... Seule, sous un ciel menaçant dans cette immensité, je suis impressionnée et émerveillée....
JOUR 15: De Hornillos del Camino à Itero de la Vega. 31 km
Déjà la 3eme semaine de marche qui pointe son nez et 300 kilomètres parcourus, j'ai du mal à y croire !
Aujourd'hui c'est PLEIN le mot qui vient en premier. Plein d'éoliennes, plein de vent, plein de solitude, plein de rencontres, en plein dans la Meseta, plein de chemins sans fin, plein de kilomètres, plein de poussière, plein de fatigue modérée, plein de reconnaissance à mes nouvelles chaussures pour me permettre tout ça. Pas mal aux pieds, et le combo chaussettes à doigts, crème arnica et vaseline, pause aération toutes les deux heures, avec changement des chaussettes, talcage des pieds et des chaussures, c'est parfait, je dirais même c'est le pied!😅
Un petit pincement au cœur en laissant mes vieilles chaussures adorées au bord du chemin (et près d'une poubelle) avec un petit mot pour trouver un éventuel repreneur, elles peuvent encore bien dépanner, j'en suis sûre !
Des jolis villages perdus, le sentiment d'être loin de tout. Un vrai coup de cœur pour Hontanas, le premier sur le camino d'aujourd'hui. Les ruines d'un couvent abritant une improbable Albergue. Une autre drôle Albergue dans un ancien hôpital pour pèlerins. Un vrai beau cheminement aujourd'hui...plein de joies!
JOUR 16: de IItero de la Vega à Villarmentero de Campos: 24 km
Je m’offre un joli cadeau aujourd'hui. Un bungalow pour moi toute seule ! Vingt euros au lieu de quinze en dortoir, une folie. Depuis plus de deux semaines, je dors le plus souvent dans des lits jumeaux en bas ou en haut, avec trois ou vingt cinq personnes... sympa économique mais le sommeil n'y est pas toujours réparateur. Donc oui c'est un vrai cadeau !
Une autre surprise c'est la rencontre ce matin nuit à mon départ avec un autre noctambule, un tout petit hérisson un peu effrayé par ma présence.
Encore une bonne étape, je progresse dans la Meseta, et aujourd'hui j'aperçois un peu de vert dans mon jaune doré marron. Une rivière et le canal de Castille et ses écluses. Le temps fraîchit, les flux des pèlerins diminue. On bascule doucement vers octobre, l'automne et la basse saison. Ça devient de plus en plus agréable de marcher. Et plus facile aussi. Ou bien je m'habitue?
Ça y est je bulle dans mon "château".
La grande lessive est faite. Tout mon linge y est passé, je profite du soleil et du vent.
J'apprécie, je savoure...pleinement.
JOUR 17: de Villarmentero de Campos à Calzadilla de la Cueza 26km
Une ligne droite qui s'étire jusqu'à l'horizon, partout c'est plat, le matin c'est froid glacial , l'après midi chaud brûlant...à l'infini. Toute la journée. Des champs de blé coupé, de tournesols grillés. Monotone, beau. Et monotone et beau. Les derniers kilomètres sont interminables. Calzadilla apparaît au dernier moment. Un miracle. L'impression d'arriver dans un décor de western dans un village loin de tout. Dans l’Albergue, nous sommes 20 dans la chambre mais il y a une piscine. Un mirage. Bain et repos...
JOUR 19: de Sahagún à El Burgo Ranero 17 km
Aujourd'hui un vrai dimanche. Seulement 17 km et le soleil est de retour. Je marche tranquillou. Contente. Le chemin est droit, j'écoute de la musique et je chante. J'ai entamé hier la deuxième moitié du trajet et je m'approche de León. Ensuite à moi la Galice et un peu plus de dénivelé. Heureuse. Je savoure mon dimanche au soleil. J'écoute les oiseaux. Tout va bien. Un peu naïf mon texte d'aujourd'hui mais c'est complètement ça et c'est bon...
JOUR 20 de El Burgo Ranero à Puente Villarente: 25km
Je révise aujourd'hui le mot "ennuyeux" en espagnol et en anglais. À chaque échange avec un pèlerin, "aburrido" ou " boring" arrivent dans la conversation. La pire étape depuis le début. Tout droit. Rien à voir à part les corbeaux qui coassent à cœur joie. Le chemin longe la route du début à la fin. Interminable. J'approche de León, la grande ville et ça se sent. J'avoue que j'en ai un peu bavé. J'ai passé le temps en écoutant un Podcast sur les poilus, pas des plus drôles, puis écouté un livre audio d'Amelie Nothomb. Les infos. Plusieurs pèlerins prennent l'option "bus", et j'en ai vu plusieurs "mal en point": tendinites, inflammation des muscles, entorses, ampoules...
Je suis à 13 km de León seulement mais j'arrête. . L'arrivée dans le village est jolie. Une rivière et une forêt. Enfin...
Je suis dans une Albergue tranquille, peu de pèlerins s'arrêtent si près de la ville. C'est bon.
Besoin de me reposer. Demain sera un autre jour...
JOUR 21: de Puente Villarente à León 12km
Une journée délicieuse de paresse...Une grasse matinée jusqu'à 7h40. J'ai juste 12km à parcourir pour arriver à la capitale, León. La distance sera vite arpentée grâce à la chouette compagnie d'une newyorkaise de Long Island et d'un arménien né en Iran et vivant à Los Angeles. Tant mieux car le chemin traverse une interminable zone industrielle. Vite arrivés finalement.
A la recherche maintenant de la petite chambre que j'ai trouvée hier. Super bien située dans le centre historique pour 30 euros, je m'attends à quelque chose de très sommaire. J'arrive dans un hôtel particulier donnant sur la Plaza Mayor. Incroyablement joli, propre et décoré avec goût et originalité. C'est Patricia, une artiste architecte chilienne qui tient ce petit Hostal. Et son matériau de prédilection c'est le carton ondulé. Un vrai musée ma chambre, avec terrasse privée donnant sur la place, j'adore. Deuxième belle surprise, ma voisine de chambre (il n'y a que 3 chambres dans l'hotel est Lorna, une jeune irlandaise que je croise sur le chemin depuis un bon bout de temps. Du coup je l'embauche pour m'aider à faire une vidéo colibri.
Puis je pars découvrir la ville. Joli coup de cœur comme pour Burgos mais un centre ville un peu plus dans son jus, ce qui ne fait que lui rajouter du charme. La cathédrale et ses 1800 m2 de vitraux, le musée Gaudi à l'allure d'un château de la Belle au bois dormant, le musée de León, les jardins su Cid. C'est pas mal de troquer la tenue de pèlerine contre celle de touriste. Ça repose.
Les journées sont riches, denses, intenses et mille images dansent autour de moi quand je ferme les yeux. Ce Camino est incroyable. Demain s'amorce la deuxième partie. Petit à petit, je vais quitter la Meseta . Je souhaiterais arriver au plus tard le 22 octobre, idéalement le 21.
Je vais réfléchir un peu à tout ça...
JOUR 22: de León à Hospital de Órbigo:
21 km de marche et 11 km de bus pour quitter la ville de León et sa zone industrielle.
Mais ça n'a pas suffit et sur 20 km j'ai suivi la nationale. Une route très fréquentée et de l'autre côté c'est l'autoroute à 300 mètres ! Une bruit d'enfer. La seule solution pour que la marche soit relativement agréable est de marcher avec mes écouteurs. Je continue mon Podcast des Grandes Traversées sur Verdun, tome 4 et me régale avec les 10 premiers chapitres d'un polar de Fred Vargas. C'est vraiment chouette les livres audio. D'autant plus que j'ai renvoyé ma liseuse. Ça me defrustre!
Quel immense soulagement quand enfin, je vois le chemin quitter cette route infernale et qu'apparait le village de Hospital de Órbigo. Le calme après la tempête. Un oasis dans ce monde brutes, un petit paradis.
Je me régale avec le bruissement du vent dans les champs de maïs et le clapotis du Rio Órbigo. Un pont médiéval géant enjambe la rivière et toute la petite plaine qui l'entoure (19 arches le constituent).
Un ancien hôpital pour pèlerins au Moyen Âge a donné le nom au village. C'est joli et c'est tranquille. Je me trouve un petit Albergue. J'ai faim et vais me cuisiner un bon petit plat!
JOUR 23: de Hospital de Órbigo à Santa Catalina de Samoza. 27 km
Quelle journée!
Ce matin, je décolle à 6h30 sous les étoiles et l'air est très frais pour ne pas dire glacial. Mais en marchant c'est juste parfait. Je retrouve Mala sud africaine avec qui je partage une dizaine de kilomètres, un café dans un petit bar et un lever de soleil sublime.
Fini le chemin qui longe la route, me voici à nouveau dans la colline, connectée à la nature et au chant des oiseaux. Un lapin traverse notre Camino. La Meseta est derrière nous. J'ai adoré cet immense plateau ocre et jaune quand j'étais loin des routes. Mais maintenant se profilent les Monts de León et la perspective de dénivelés plus importants pour mes étapes futures.
Énième cadeau du jour, la Cocina del Alma sur le Camino ouvre en grand le cœur et les papilles de tout pèlerin. Impossible de ne pas s'arrêter devant cet improbable buffet dressé en pleine pampa pour un petit déjeuner d'exception. Sur le principe du donativo, le lieu est magnifiquement pensé pour le bien-être du visiteur. J'y retrouve copains et copines croisés à un moment de mon chemin. Heureuse de serrer dans mes bras Anna, jeune slovène rencontrée des mon deuxième jour de marche.
Le chemin me fait ensuite traverser la très jolie ville d'Astorga. Je me pose un instant devant le Palacio de Gaúdi jouxtant l'imposante cathédrale.
Enfin huit kilomètres de forêt de chênes verts 0et de pins plus tard, je rallie le joli village de Santa Catalina pour me poser dans l’Albergue "La Bohême". Ça ne s'invente pas, certainement le plus bel endroit de mon Camino.
Tenu par David, un français qui, d'une maison en ruines, a fait un petit bijou. Encore un donativo. Encore un espace généreusement pensé. Un couscous au programme ce soir nous est offert. Avec des fruits du jardin. Une belle soirée en perspective.
Je n'ai plus vraiment la notion du temps mais, une chose dont j'ai vraiment conscience, c'est que je veux, plus que tout, profiter de chaque instant...0
JOUR 25: de El Acebo à Camponaraya
26 km
C'est la descente de Los Montes de León. Un joli raidillon. Le moment du lever du jour est sublimement coloré. Puis le paysage change encore. Me voici dans la vallée du Rio Bierzo. Des vignes, des fruitiers, des potagers et la traversée d'un joli village, Molinaseca que j'apprécie doublement grâce à une énorme portion de tortilla accompagnée d'un café americano. Après 11 km à jeun, c'est divin! Puis mon Camino m'emmène dans la très belle ville de Pontaferra. Je passe rapidement devant la cathédrale et le magnifique château. Une fête médiévale se prépare mais je suis lancée et j'ai juste envie de tracer. Et plus de campagne et de nature. Je me retrouve après 10 km champêtres dans un village rue, village bof. Il n'y a pas des albergues pour pèlerins partout. Et ça ne peut pas être parfait tous les jours. L'avantage, c'est que le dortoir est immense et que nous ne sommes que 4. Un par coin. Évidemment. Les lits sont gigognes mais je peux quasiment me mettre debout sur mon lit. Donc tout va bien.
Je compte les jours de marche, dix normalement. Heureuse de vivre une si forte aventure avec autant de plaisir et de motivation et ouille un petit pincement de savoir que ça va s'arrêter. Une seule chose, vivre intensément chaque instant. Ceux du Camino et ceux d'après merveilleux aussi, j'en suis certaine...
JOUR 25: de Compayonara à Trabadelo: 27 km.
Une journée pleine, belle, solitaire et un peu tarée !
Un départ bien avant les aurores, l'étape propose deux variantes qui permettent d'éviter la route. Je crois que je ne supporte plus de marcher le long des routes, trop bruit et de stress. Même si ces deux options me rajoutent quelques kilomètres et surtout de bons dénivelés, je saute sur l'occasion. Être dans la nature, voilà ce que j'aime tout simplement.
La première variante est magnifique, aucun regret. Un chemin qui serpente dans les vignes aux couleurs d'automne. Joies. La seconde m'évite de longer la nationale ET l'autoroute qui passent dans une vallée très encaissée. Ainsi, après mes 15 premiers kilomètres de marche "normale", me voici partie pour une rando en montagne! Neuf kilomètres de montée donc deux très raides et trois de bonne descente. (Sur la carte Polarstep, on ne voit pas le détour, je n'arrive pas à le marquer, je passe par Pradela). Sur le chemin, pas un pèlerin, ils sont pas fadas! En solitaire mais pas en solitude. Accompagnée par des millions de moucherons (voir la petite vidéo !), je suis obligée de cavaler en mode cagoulée en ventilant ardemment mon espace vital à l'aide d'un petit bouquin. Record de vitesse battue avec impossibilité de faire une pause. Énormément de châtaigners dans cette forêt, puis que des châtaigneraies. Est-ce cela qui attire autant ces charmantes bestioles? Mais ce Camino dans les montagnes est très très beau 😅 et en vrai je ne regrette rien.
En revanche, demain je me promets une toute petite étape pour mon entrée en Galice. Je crois que mon corps me le demande gentiment. En particulier cuisses et mollets.
Ça tombe bien, c'est la fête nationale en Espagne...
JOUR 26: de Trabadelo à La Laguna de Castillo 17 km
Ça y est, je bifurque vers la montagne, le vert, les vaches et la Galice. Peu de kilomètres et un peu de dénivelé. Le paysage est superbe, je crois le plus beau depuis le début de mon Camino. Un air du col de Roncevaux à travers les Pyrénées, et de pays Basque. Je m'arrête en pleine montée, je garde deux kilomètres pour demain matin afin de rallier le très joli village de O Cereibro, ça fera une excellente pause pour le petit déjeuner. Pour l'heure, ici, une ancienne école de hameau fait office d'Albergue et de restaurant. Il fait beau, envie de lézarder ici.
L'ambiance pèlerine change aussi. Ceux que je connais et qui marchent depuis le début se diluent sur les nombreux kilomètres du Camino...beaucoup devant ou derrière, ou ont arrêté. Je les croise de temps mais ça devient rare. J'ai ralenti le rythme. Et ils se perdent dans la "foule " des nouveaux pèlerins qui commencent le chemin pour faire les derniers 200 kilomètres ou les cent bientôt depuis Sarria. Afin (entre autres j'espère) de recevoir des autorités ecclésiastiques de Saint Jacques de Compostelle la "Compostela", le fameux "diplôme du pèlerin ".
Ça change, un peu de nostalgie s'invite à mon après midi. Allez c'est l'heure de profiter du paysage !
JOUR 27: de la Laguna à Triacastela 25 km
En vrai de vrai, c'est aujourd'hui la plus belle étape de mon camino. L' immersion en Galice est divine. C'est beau du début à la fin. Si bien que m'émerveillant de tout, je mets trois heures à parcourir les six premiers kilomètres. Atteindre les sommets au moment où le soleil émerge de la montagne d'en face. Nuages, brouillard, rosée, lumières et couleurs peignent de magie mes paysages. Des rencontres, des retrouvailles, des sourires, des plats exquis tissent mon délicieux chemin d'aujourd'hui. Deux visios avec les Colibris et la rencontre avec un châtaigner de 850 ans. Là, une immense et douce fatigue m'envahit. Je m'en vais rêver...